|
Extrait : Ela'Thuaren - Le chant des héritiers
Je penchai la tête.
- Pourtant, vous laissez des servantes colporter des rumeurs et des espions traîner dans vos couloirs. C’est ça, votre rigueur ?
Des protestations éclatèrent.
Un autre se leva, plus âgé, barbe blanche, regard dur.
- Vous croyez pouvoir défier notre autorité avec de l’arrogance et du mépris ? Ce n'est pas une foire pour guerrière déchue.
- Guerrière déchue ?
Je m’avançai vers lui, le pas lent, le corps tendu.
- Vous voulez vraiment parler de puissance, “sage” ?
Je marquai une pause, les yeux plantés dans les siens.
- Vous pensiez que je venais ici pour me prosterner Pour décorer vos joutes de vieux mâles vexés
Je levai la main. Le sol vibra très légèrement sous mes pieds.
- Je suis ici parce qu’on m’a forcée. Et je déteste qu’on me force.
Je haussai les épaules.
- Alors, tant qu’à être là… on va poser les bases.
Je pivotai sur moi-même, les regardant un par un.
- Je ne suis pas une poupée qu’on habille pour l’échanger contre des troupes. Je ne suis pas là pour participer à vos petits jeux de pouvoir.
Je posai la main sur ma poitrine.
- Je suis là pour une seule raison : Ela’Thuaren. C’est elle qui m’a mis sur cette route.
Je désignai le trône d’un geste du menton.
- Et si votre Liman est un minimum intelligent, il écoutera ce que j’ai à dire au lieu de compter les morceaux de tissu sur mes fringues.
Un des Chal’ators du conseil prit enfin la parole, la voix plus calme que les autres.
- Vous la ressentez, vous aussi Cette vibration en elle ?
- Elle ne ment pas…, admit l’un des hommes, à contrecœur.
Le plus vieux se rassit lentement, nous observant tous les deux.
- On pourrait, pour une fois, laisser tomber nos préjugés plus de dix secondes, dit-il.
Il se tourna vers les autres.
- Et écouter. Parce qu’à mon avis… elle ne joue déjà plus selon nos règles.
Je les fixai encore un instant.
- Bien. Alors on va parler clairement.
Je croisai les bras.
- Préparez vos mémodicts. J’ai des conditions à poser. Et dans aucune d’elles, vous ne trouverez le mot “soumission“.
Je sentis quelques regards changer. Pas tous. Mais assez : moins de mépris, plus d’attention.
Ce n’était pas de l’amour. Ce n’était pas grave.
C’était un début.
|
|
|